La nécessité du guru

J’ai eu envie de rédiger un article sur cette notion de guru qui me travaille depuis quelques semaines. Comme toute personne occidentale, lorsque j’entends ce mot, je ne peux m’empêcher de faire des liens avec des histoires pas super glorieuses dans lesquelles des personnes vulnérables se sont faites avoir par des charlatans… De fait, lorsque je pense à mon professeur de yoga, je n’ai aucun souci à le considérer comme mon maître, mon guide mais j’ai du mal à le nommer « guru ». C’est un peu con, car il s’agit de terminologie mais nous sommes dans une société ou le logos tient une place déterminante. La parole, la façon de nommer les choses ont de l’importance.
Mais en me penchant sur la question et en reprenant des textes traditionnels hindous, je peux aujourd’hui dire sans crainte d’être mal comprise (car je saurai l’expliquer) que j’ai trouvé mon guru.

Un guru ou gourou (en occident) désigne communément un maître à penser, ou plus généralement une personne qui réunit des adeptes.
Ce terme peut prendre plusieurs définitions (de la plus flatteuse à la moins sympathique) :
– Le « Maître » spirituel, qui se réclame d’une tradition issue de l’hindouisme, du jaïnisme ou du sikhisme.
– Le manipulateur d’un groupe religieux sectaire (Ahhhem^^).
– Un expert dans un domaine particulier dont les avis sont largement reconnus et respectés.

Le gourou (du sanskrit guru) signifie « enseignant », « précepteur », « maître ». En tant que guide spirituel, dans l’hindouisme, le bouddhisme, chez les Sikhs ainsi que dans de nombreux groupes religieux plus récents, il désigne une figure d’autorité respectable. Dans l’Inde contemporaine, le mot gourou est utilisé pour désigner le professeur, celui qui enseigne et dont le crédit repose sur la tradition spirituelle à laquelle il appartient et dont il a suivi les enseignements et pratiques, ou sur son éveil spirituel. Dans le yoga, le guru est le guide, celui qui conduit l’élève vers quelque chose, celui qui transmet son savoir.

Un guru…. Pour progresser ?
Dans le yoga, l’auto-pratique est très importante. La régularité et l’autonomisation sont des « buts » à atteindre afin de pouvoir pratiquer partout, méditer n’importe quand et s’adapter à toutes les situations. Cependant, dans sa tradition, le yoga a toujours été transmis de maître à élève. En occident, cette façon de faire est difficile à mettre en place et à maintenir. Coût, disponibilité des enseignants, vie quotidienne….. Bref autant d’obstacles qui se mettent sur la route du chemin de l’apprentissage. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut renoncer.
Que faire lorsqu’on se retrouve seul sur son tapis et qu’on ne comprend pas comment prendre telle posture ? Que faire lorsqu’on atteint un « palier » dans ses séances de méditations et qu’on bloque ?? Que faire si on est blessé ? Comment interpréter certains écrits fondamentaux du yoga pour les inclure à notre vie ???? Voilà, vous comprenez où je veux en venir. Nous avons TOUS besoin d’un guru. On peut l’appeler maître ou professeur ou encore guide et pour certains, nous pouvons l’appeler par son prénom mais peu importe, nous avons besoin d’une personne à nos côté qui nous ouvre la voie, qui montre le chemin.
Un guru, parce qu’il a déjà fait le chemin avant nous, sera l’éclaireur, il lèvera les obstacles – ou du moins nous aidera à les identifier pour pouvoir les lever et nous permettra d’avancer dans le yoga.
Dans la vie de tous les jours, mis à part le professeur de yoga, de nombreuses personnes ou des moments de vie peuvent faire « office de guru ». Car ils sont sources d’enseignements, ces personnes où ces moments font bouger quelque chose en nous et provoquent des bouleversements. Il y a parfois des choses qui se produisent dont on sait qu’il y aura un avant et un après.

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Un guru…. Oui mais lequel ?
En s’appuyant sur quelques textes traditionnels de l’Inde, on remarque des traits distinctifs de la figure du guru.
Tout enseignement implique qu’on donne et qu’on reçoit. Le maître donne et l’élève reçoit, c’est ainsi que cela se passe. Mais le premier doit avoir quelque chose à donner et le second doit être en mesure de recevoir ce quelque chose. Le mot guru dérive de l’adjectif « lourd », désignant une personne de poids. Le guru se reconnaît donc par la consistance de sa parole. Son autorité est naturelle, elle ne vient pas de sa force ou d’un quelconque pouvoir mais de sa qualité de présence au monde. En dehors de toute volonté de faire venir les élèves à soi, le guru, par le simple fait d’être là, attire à lui des disciples. En opposition totale avec la notion de manipulation ou encore d’assujettissement, le but de l’enseignement traditionnel est l’autonomisation pour aller vers la libération.
Un guru parvient à unir – grâce au yoga – son corps, son esprit, sa parole, ses actions, sa pensée, son souffle… Il est porteur d’une vérité car ce qu’il dit est en totale adéquation avec ce qu’il fait, ce qu’il pense… C’est ce « dire-vrai » qui touche les élèves.

Evidemment mon guru ne sera pas le vôtre – pas forcément. Et je ne pourrai pas me « contenter » de n’importe quel professeur ou maître yogi. Le mien, vous le connaissez, il me convient parfaitement, il m’aide, m’épaule, me transmet son savoir, me guide, m’écoute aussi, me soutient et me secoue parfois – car il sait ce qu’il me faut !
Je ne suis pas systématiquement d’accord avec lui – je suis très occidentale comme personne 😉 – mais j’ai la sensation de pouvoir échanger, me confier, je lui fais une totale confiance.

Il faut chercher le bon guide. Cela peut prendre des années car c’est une notion trop importante – lorsqu’on choisit de le faire pleinement – pour la prendre à la légère. Votre « bon » guru sera celui qui vous touchera avec son discours mais également dans sa manière d’être, de vivre, d’enseigner. Vous ne devez jamais craindre de poser des questions à votre guru. Vous devez pouvoir échanger, parler, apprendre de lui et avec lui.

La notion d’anti-guru
Krishnamurti en a beaucoup parlé et a beaucoup écrit sur le sujet. Le meilleur maître qu’on puisse avoir c’est soi-même. Ainsi, nous ne reproduisons pas, nous ne calquons pas les idées, les actions d’une tierce personne. Nous expérimentons, nous imaginons nos propres routes – sans guide. Pour Krishnamurti, il s’agit pour l’élève d’incarner son propre guru et de chercher en soi les réponses, la vérité. Dans « Se libérer du connu », il prône l’idée du détachement de l’autorité et des schémas qu’elle voudrait transmettre.
C’est une notion qui est intéressante mais qui, comme tout le reste, est très extrême si elle est appliquée au pied de la lettre.
Je crois que je ne suis pas mon meilleur guide pour moi-même et je pense que c’est pareil pour tout le monde. Pour tout un tas de raisons, je sais que je ne serai pas capable de lever certains freins ou certaines peurs si je le faisais seule. Par contre, je suis certaine d’être mon meilleur baromètre. Je me connais de mieux en mieux, je sais quels sont mes points forts et mes points faibles, je ressens mon état de santé mieux que personne d’autre et je reconnais les perturbations de mon esprit. En cela, je suis « l’assistant » de mon guru. J’écoute, j’applique, je tente de comprendre ce qu’il me transmet….. Mais en respectant ce que je suis.

La perversion
Comme je le disais en introduction de cet article (trop long), le mot guru a largement été perverti suite aux scandales pseudo-religieux qui ont fait les unes des journaux à certaines époques.
Ce terme a été employé de façon péjorative pour désigner la tendance dominatrice d’un individu au sein d’une organisation ou école de pensée, notamment une secte. Cette influence négative se fait au moyen de techniques de persuasion et éventuellement de coercition s’appuyant sur les faiblesses humaines afin de recruter des adeptes et de s’assurer un pouvoir totalitaire sur eux. En occident, voilà comment est connoté ce mot de guru. Diamétralement opposé, nous l’avons vu, à sa définition orientale.
Cette perversion du concept de gourou (hautement respecté en Inde) est considérée comme particulièrement diffamante par les Hindous, et a été jugée par certains auteurs comme une forme de néocolonialisme, dévalorisant toutes les notions ne venant pas de l’Occident.

Est-ce que vous rencontrerez des soi-disant guru ou maîtres qui ne vous seront d’aucune aide dans votre démarche – OUI – évidemment. Mais en suivant votre instinct et en vous remémorant (peut-être) un petit bout de cet article, vous saurez discriminer correctement et aller (naturellement nous l’avons vu) vers la bonne personne.

Chacun cherche son guru…. C’est pas un titre de film ça ???

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3 réflexions sur “La nécessité du guru

  1. Salut, tu peux lire les développements d’Arnaud Desjardin sur le sujet (notamment dans son livre Adhyatma Yoga, A la recherche du soi I). Il est aussi clair qu’instructif sur le sujet.
    J’en profite pour te remercier de tes commentaires justes et humbles que je lis toujours avec beaucoup d’intérêt.

  2. Hello,
    Il peut arriver que quelqu’un t’indique le chemin, mais c’est à toi de faire tout le travail, même si tu as un guru. Si tu n’es pas capable d’accepter ce fait, tu te sentiras obligé de rejeter la responsabilité sur ce même guru. Mais alors, est-il encore utile dès qu’une étincelle de connaissance de soi se met à briller. Cette connaissance, aucun guide spirituel, aucune écriture sacrée, ne peut te la donner. Elle vient lorsque tu es parfaitement conscient de ce qui se passe en toi.
    Merci pour tes articles, ils permettent de réfléchir avec calme.

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