Portrait Yoga – Alexandra G.

Il y a des personnes comme ça qui croisent votre route et vous savez d’emblée que ce sont des chouettes personnalités…. Et comme j’ai une sympathie naturelle pour toute personne portant le prénom Alexandra, il était évident que ma rencontre avec Alexandra G. allait me marquer….

Alexandra et moi, nous sommes assez différentes et pourtant nous partageons beaucoup de choses… Je le pressentais mais à la lecture de son portrait j’en suis certaine. Notre découverte « hésitante » du yoga, et puis la rencontre avec un guide, la passion d’enseigner, de transmettre, mais aussi notre « amour » commun pour certains professeurs….
Je suis – pour de très nombreuses raisons – ravie de vous la présenter à travers ce magnifique portrait.
Merci énormément Alexandra.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Alexandra, j’ai 28 ans, je suis professeur de yoga depuis un peu plus d’un an maintenant, et pour longtemps j’espère !

Quand as-tu découvert le yoga et pourquoi cette discipline a t-elle intégré ta vie ?
J’ai failli commencer le yoga très tôt, à cause de mes nombreux problèmes de dos (cyphose, scoliose et hyperlordose, la totale !), sur les conseils de ma kinésithérapeute – laquelle m’a d’ailleurs réappris à respirer (j’inspirais en rentrant le ventre, j’expirais en le gonflant…). Mais j’avais 10 ans à l’époque, j’étais extrêmement timide, tout sauf sportive, et l’idée d’intégrer un cours me terrorisait plus que l’état de ma colonne vertébrale.
Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard (il en a fallu du temps !) que j’ai mis les pieds sur un tapis pour la première fois, fin 2011 plus exactement. Je venais de m’inscrire dans une salle située sur l’île Saint-Louis, pour y prendre des cours de pilates et de barre au sol à l’origine, mais en voyant qu’il y avait également des sessions de yoga proposées, je me suis laissée tenter un midi.
Ce tout premier cours fut un désastre, car totalement inadapté aux débutants en dépit de ce que le studio indiquait.
J’ai donc passé une heure à essayer de comprendre ce que la prof baragouinait en sanskrit, à écarquiller des yeux en la regardant pratiquer nauli (le brassage abdominal) comme si c’était parfaitement normal et accessible à tous, alors qu’on aurait dit qu’un alien cherchait à s’extirper de son corps via une césarienne improvisée, et à me retenir de pouffer durant kapalabhati, ma voisine me faisant terriblement penser à un chien en train de décéder dans d’atroces souffrances.
Bref, une expérience mémorable pour une novice ! Je suis sortie de là en me disant « plus jamais ça », mais j’ai croisé au même moment une amie qui allait justement assister au cours d’une autre prof. J’étais surprise de la voir ici, et plus encore de l’imaginer pratiquer toutes ces choses auxquelles je n’avais rien saisi. Face à mon air dépité, alors que j’aurais du sortir radieuse, elle a compris et m’a conseillée de suivre les classes de cette autre professeur (la merveilleuse Alexandra Peyre en l’occurrence). Je me voyais mal retenter le coup, mais elle a insisté et heureusement ! Ça a été le déclic. En yoga, comme en amour, il s’agit simplement de trouver la bonne personne pour nous initier.

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Est-ce que tu penses que le yoga t’a changé ? / Qu’est-ce que cela t’apporte de pratiquer le yoga ?
Le yoga est inévitablement synonyme de changement, d’évolution, et c’est d’abord par goût pour cette transformation profonde qui s’opérait en moi et dont je sentais les effets après chaque séance, que je suis revenue pratiquer quotidiennement (parfois même deux fois par jour au début !) dès ce second cours. Je me suis très vite sentie plus forte, physiquement et mentalement, plus sereine – plus à même de vivre à fond, tout simplement.
Il y a quelque chose de magique, de grisant lorsqu’on débute le yoga, ce sentiment de se réapproprier enfin son corps, comme s’il avait appartenu à une autre personne jusque là… On se redécouvre, on vient à sa propre rencontre, et la vie semble tellement plus facile ensuite ! Ce n’est pas évident à expliquer sans tomber dans la niaiserie… Il y a de réelles similitudes à mon sens entre une relation amoureuse et la pratique du yoga : quoiqu’on que l’on y cherche, on trouve davantage – l’exploration est perpétuelle.

Penses-tu que le yoga ait pénétré d’autres sphères de ta vie ? Si oui, de quelle manière ?
Bien sûr, si l’on pratique régulièrement, le yoga finit par avoir une incidence dans beaucoup d’autres domaines de notre existence, et davantage encore lorsqu’on l’enseigne ! C’est très surprenant d’ailleurs, on ne s’attend pas à remettre en cause ou voire à changer nos habitudes, notre façon d’être, juste parce qu’on décide un jour de pousser la porte d’un studio et de s’asseoir en tailleur sur un tapis ! Et pourtant…
Pour ma part, je ressens l’influence du yoga dans toutes les sphères de ma vie : professionnelle évidemment, amoureuse, familiale… Mon sens des priorités s’est affûté, je perds moins mon temps en futilité, je sais exactement ce que je veux et surtout, je m’autorise à écouter cette boussole interne. Mes amis me trouvent désormais ennuyeuse, vieille, moi je me sens enfin adulte, posée. Et c’est tellement bon ! Je n’aime plus sortir le soir, gaspiller mon énergie dans des endroits bruyants, inintéressants, me coucher tard… Ouais, je dois être super chiante en fait, mais ça ne me pose aucun problème !
Via l’enseignement, le yoga m’a aussi permis d’améliorer ma relation à l’autre : j’étais quelqu’un d’assez timide, peu encline à échanger avec les gens, et maintenant, je me surprends à parler avec n’importe qui dans la rue, dans le métro, juste par plaisir. C’était pourtant pas gagné !
Bref, ce ne sont là que quelques exemples, mais j’en ai des tas… Je n’ai même pas mentionné à quel point mon alimentation et ma façon de me soigner ont changé, elles aussi. Tout cela fonctionne ensemble au final, et c’est précisément ce que j’entends lorsque je dis que l’exploration est perpétuelle et qu’on trouve bien plus à la longue que ce qu’on croit chercher.

Est-ce que tu as une posture préférée ?
Deux en fait, que je pratique quasi quotidiennement : viparita karani (legs up the wall), parce qu’il s’agit d’une inversion tout en douceur, sans effort, multi-fonctions (idéale avant de dormir, mais aussi en cas de coup de pompe – la magie du yoga !) et supta matsyasana (supported fish pose), la version yin du poisson qui permet de travailler l’ouverture du coeur, tranquillement là aussi, mais intensément toutefois car l’on y reste plusieurs minutes – rien de tel pour libérer les tensions émotionnelles et physiques logées au centre de la poitrine.

Qu’est-ce qui te challenge, ou te semble compliqué dans le yoga ?
Je pourrais aller au plus évident et répondre d’office « toutes les postures d’équilibre sur les mains ! » car c’est véritablement ma bête noire, mais en réalité, le plus dur, c’est le yoga au-delà du tapis, d’appliquer tout ce que l’on apprend durant notre pratique, au quotidien. Les asanas, le travail du souffle, c’est une chose, mais parvenir à garder son calme quoi qu’il arrive, ou bien à faire preuve de bienveillance envers soi-même et autrui, sans jugement, en permanence, en voilà des défis ! Et c’est là que le « vrai » yoga commence, celui qui nous challenge tous un peu plus qu’on ne le pense.

Comment et pourquoi t’est venu l’envie d’enseigner le yoga?
Tout simplement par désir de partager cette fascinante découverte qui changeait doucement ma vie, d’offrir au plus grand nombre ce même cadeau qui m’avait été donné quelques années auparavant.
Au début, je me suis contentée de vanter les mérites du yoga à quiconque prêtait une oreille attentive et un esprit ouvert, puis j’ai commencé à proposer des astuces à mes proches – quelques conseils d’asanas, de pranayama contre les désagréments du quotidien qu’ils pouvaient rencontrer (insomnie, stress, jambes lourdes… ce genre de choses) – avant de leur donner finalement des cours particuliers de temps à autre.
Je n’étais pas encore formée ni ne songeais à devenir prof, mais j’avais envie d’aider mon entourage à se sentir mieux, autant que possible, de montrer aux gens que la solution à bien des problèmes se trouvait en eux, à portée de main.
En 2014, j’ai travaillé durant quelques mois à l’accueil d’un grand studio de yoga, j’étais au contact de merveilleux professeurs, aussi doués que généreux, j’aimais les écouter donner leurs cours depuis mon bureau, je baignais complètement dans le milieu et m’en imprégnais chaque jour un peu plus ; tant et si bien qu’à force, ce qui germait déjà en moi depuis un moment a fini par éclore : j’ai réalisé que je voulais enseigner à mon tour.

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Peux-tu parler en quelques mots de ta formation ? De tes professeurs ?
J’ai suivi une formation de 200 heures en Hatha avec l’école Samyak Yoga, basée en Inde, puis le module « Bases et yoga sans dégâts » à l’institut De Gasquet, ainsi qu’un « Teacher Enhancement » auprès d’Elena Brower à Londres, et récemment, je me suis formée au Yin yoga avec le grand Biff Mithoefer.
On accorde beaucoup d’importance aux formations, mais il me semble que ce qui nous forge réellement en tant qu’enseignant, ce sont les professeurs dont on suit les cours avec assiduité. Ceux dont nous suivons les teacher training, aussi compétents puissent-ils être, ne nous connaissent que sur 50 ou 200 heures, parmi une foule d’autres élèves qui plus est…
J’ai énormément appris lors de ces quatre formations, mais pas autant qu’en assistant chaque mercredi au cours de Marc Holzman par exemple, lorsqu’il était à Paris. Lorsque je sens que j’ai besoin d’aller à un cours, non seulement pour mon propre plaisir, mais aussi pour gagner en inspiration, je me tourne vers Alexandra Peyre, celle par qui tout est arrivé, ou Anne-Gaëlle Guillot en yin. J’aurais bien cité Patrick Frapeau également, mais c’est déjà une évidence, non ? 😉
Il y a aussi, Dieu merci, cette merveilleuse invention qui a révolutionné ma vie : Yogaglo. Chaque semaine, je pratique avec Elena Brower, ma prof préférée. Je la trouve fascinante par sa simplicité complexe (oui, c’est un oxymore, je sais, mais c’est justement ça !) : elle incarne tout ce que j’aime dans le yoga, ses cours sont rarement rapides, et ils sont pourtant très intenses, ses mots vont droit au but, tout en touchant à quelque chose de plus absolu.

Quel(s) style(s) de yoga pratiques-tu et enseignes-tu ?
J’enseigne le hatha et le yin, car ce sont les styles de yoga qui me parlent et me ressemblent le plus, mais j’aime contrarier un peu ma nature et contrebalancer ce vers quoi je tends spontanément en assistant à des cours plus « dynamiques », et c’est pour cette raison que je pratique beaucoup le vinyasa, même si ce n’est pas ce que je préfère (non, je ne suis pas maso, j’essaie juste de calmer mon côté « kapha » !). Aussi, j’ai commencé depuis peu le kundalini, qui me déroute énormément, me vide à fond, bref, me permet de sortir plus que jamais de ma zone de confort, ce qui est toujours bon à prendre !

Quel est le meilleur conseil qu’on t’ait donné ?
Il ne s’agit pas vraiment d’un conseil que l’on m’a donné, mais d’une phrase d’Elena Brower dont j’essaie de me souvenir lorsqu’une opportunité se présente et que j’hésite par peur : « When you’re afraid, it’s because something great is about to happen ».

Quel(s) conseil(s) donnes-tu à tes élèves ?
Je leur rappelle de prendre leur temps, à la fois dans les postures, mais aussi pendant les transitions, de ne pas enchaîner trop vite par soif d’effort, de performance, et plutôt de faire régulièrement quelques pauses – ne serait-ce que l’espace d’une respiration – pour ressentir les bienfaits de ce qu’ils viennent de pratiquer, pour que cela ait du sens à la fois dans le corps et dans le mental. Il me semble qu’on oublie souvent l’aspect fondamental, thérapeutique du yoga, au détriment de sa facette esthétique, acrobatique. C’est non seulement dommage, mais surtout risqué : quand l’ego prend le dessus, on ne respecte plus nos limites, ce qui entraîne parfois des blessures…

Un dernier mot pour la route
Pour conclure : prenez votre temps, soyez doux avec vous-mêmes, à l’écoute de votre corps, mais sachez aussi faire preuve d’un minimum d’audace, sans craindre d’embrasser le changement de temps à autre pour sortir un petit orteil hors de votre zone de confort et de vos habitudes ! C’est lorsque l’on arrive à se surprendre soi-même que l’on offre au monde une chance de nous surprendre également.

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Une réflexion sur “Portrait Yoga – Alexandra G.

  1. J’ai eu la chance d’avoir cours avec Alexandra G, au Omm Studio. C’était assez tôt le mardi matin je crois, et je n’oublierais pas ses cours, même si nous n’étions pas nombreux. Je préparais ma formation chez Samyak Yoga et ça m’a beaucoup rassuré de tomber sur une personne aussi attentionnée et avec un enseignement de cette qualité. J’ai beaucoup regretté de ne pas l’avoir revu ensuite, car j’aurais facilement suivi une année entière avec elle. Aujourd’hui je suis professeur à mon tour, et si j’arrive à retrouver un de ces cours, je suis certaine de m’y rendre de temps en temps, en cas de besoin.
    Je n’ai jamais eu l’occasion de le lui dire, donc je le fais ici : merci pour ces cours qui ont été très motivant pour moi, et qui m’ont conforté dans mon choix de formation à l’époque. Ca n’est pas rien quand on connait les doutes par lesquels on peut passer en tant que professeur ou futur prof.

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