Kumbhaka pranayama

Aujourd’hui j’aimerais faire un focus sur un exercice respiratoire que j’aime énormément pratiquer : la suspension du souffle.

TRADUCTION : Kumbha signifie jarre ou récipient, Kumbhaka signifie la suspension du souffle, à plein ou à vide.

SYMBOLIQUE : Notre respiration oscille entre deux états : le plein qui suit l’inspiration et le vide qui vient après l’expiration. Dans le yoga, la respiration ne permet pas simplement les échanges de gaz. Il s’agit aussi et surtout de se remplir de prana, l’énergie vitale subtile. C’est pourquoi le yoga a mis au point de nombreux exercices respiratoires, au cours desquels nous inspirons profondément de l’air et du prana. Nous essayons ensuite de le retenir le plus longtemps possible dans le corps afin de ressentir la plénitude de l’énergie vitale. Cette plénitude peut être associée au divin. Dieu étant plénitude inépuisable (purna), dans cette expérience de plein, nous accédons à un contentement profond et à une béatitude. Parallèlement au concept de plénitude, le yoga a développé la notion de vacuité (shunya). Lorsque nous demeurons détendus, en suspension à vide après une profonde expiration, nous retournons vers le point zéro, vers l’origine de tout ce qui est. De même que l’état de plénitude nous permet de ressentir le déploiement total de la création, l’état de vacuité représente son repli complet. Dans ce temps de vacuité, nous pouvons nous vider de tout ce que nous avons accumulé en nous-même, de tout ce qui nous pèse.

Dans le yoga, l’inspiration qui suit cette suspension du souffle est un moment de vie, fort, entièrement nouveau, dans lequel nous pouvons nous redécouvrir et nous restructurer. La suspension du vide est considérée comme une petite mort, car nous expirons et faisons une pause, interrompant ainsi momentanément la pulsation de vie.

Les deux formes de suspension à plein ou à vide sont des moments presque magiques dans la pratique du yoga, elles ouvrent à des expériences inaccessibles dans la respiration du quotidien et nous permettent ainsi d’entrer en toute conscience dans le rythme cyclique infini du souffle et donc de la vie.

L’EXPERIENCE DE KUMBHAKA PRANAYAMA : Selon que la suspension du souffle se fait à plein ou à vide, elle procurera des expériences différentes. Dans la suspension à plein, nous éprouvons d’abord la sensation d’être rempli d’air. Comme la respiration cellulaire se prolonge, renvoyant de l’air dans les poumons, nous avons la sensation de nous dilater et nous ressentons une certaine montée de pression dans la cage thoracique.

L’expérience du vide est différente. Elle évoque de façon amoindrie le dernier souffle que nous rendrons tous un jour. Elle évoque donc la mort. Nous pouvons ressentir un sentiment de panique lorsque nous pratiquons la suspension à vide. Si c’est le cas, il suffit de ré-inspirer calmement. Lorsque cette rétention est faite en conscience, pas d’inquiétude, le corps conservera toujours suffisamment d’air pour fonctionner.

Dans les deux types de suspensions, il s’agit de faire l’expérience consciente d’un état très éloigné du quotidien. Avec le temps, la pratique de la rétention du souffle calme et apaise l’esprit.

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LES BIENFAITS : Augmente la capacité du sang à transporter l’oxygène / Combat la migraine en améliorant le mécanisme de régulation des vaisseaux sanguins du cerveau / Apaise l’esprit / Renforce la volonté.

PRÉCAUTIONS ET CONTRE-INDICATIONS : Excès pathologique d’hémoglobine dans les globules rouges / Hypertension / Pathologies chroniques aigues des poumons.

POINT D’ANTOMIE : L’oxygénation du cerveau. Lorsque nous sommes en apnée, le taux d’oxygène dans le sang baisse lentement et de taux de dioxyde de carbone augmente. Les récepteurs chimiques des gros vaisseaux sanguins enregistrent ces modifications. Afin d’assurer un apport d’oxygène suffisant au cerveau, les artérioles qui l’alimentent se dilatent. L’alimentation en oxygène du cerveau reste donc stable, même lors d’une suspension assez longue, tandis que le débit sanguin augmente. Notre cerveau reçoit ainsi davantage de nutriments et les déchets métaboliques sont évacués plus rapidement. Lors de la profonde inspiration qui suit, les vaisseaux sont encore dilatés. Une grande quantité d’oxygène arrive donc au cerveau, nous rendant éveillés et alertes. Par la suite les vaisseaux se rétrécissent de nouveau. Par cette alternance de dilatation et de rétrécissement, kumbhaka nous aide à préserver l’élasticité et le bon état de nos vaisseaux.

TECHNIQUE : Assis bien droit et confortablement, respirez calmement et régulièrement par le nez. Prenez la même durée pour l’inspire et pour l’expire. Après une expiration, suspendez le souffle un moment et engagez les bandhas (verrous énergétiques). Déglutissez et inspirez lentement par le nez. En fin d’inspiration, suspendez le souffle à plein. Portez votre attention sur les bandhas. Déglutissez de nouveau et recommencer à respirer lentement et régulièrement par le nez. Répétez plusieurs fois ce cycle. Par la suite, vous pourrez allonger le temps de suspension. Dans une pratique avancée, commencez en comptant jusqu’à six après expiration et jusqu’à neuf après inspiration. Gardez ce rapport de deux sur trois avec l’allongement des suspensions.

Avec toutes ces informations, c’est maintenant à votre tour de vous asseoir et de pratiquer cet exercice.

Souvenirs de Lyon

Aujourd’hui je voulais revenir sur une chose qui s’est produite à Lyon pendant les cours de Kundalini. Comme je vous en parlais ici, le Kundalini yoga n’est pas vraiment le type de yoga qui me correspond le mieux. Cependant, pendant le week end lyonnais, j’ai été contente de pouvoir m’y réessayer.
Une chose notamment à retenu mon attention, et c’est une chose qui me questionne et que j’aimerais mettre en pratique pendant mes cours : la répétition du geste.

Dans le Kundalini yoga, les pratiquants cherchent à se dépasser, à dépasser une sorte de sensation physique pour aller plus profondément et bien entendu aller vers une forme de transe – tout cela dans le but de faire s’élever la Kundalini*
Sur des musiques qui durent très longtemps (10 à 15 minutes), les pratiquants répètent le même geste. La fatigue s’installe au bout d’un moment, la lassitude aussi et le mental s’agite, se demande quand est-ce que l’exercice prendra fin. C’est cette sensation là que j’ai envie de tester à nouveau et de faire tester. Car en effet, lorsqu’on s’arrête, qu’on a mal quelque part, qu’on relève la tête et qu’on se met à penser à la liste de courses…. Même pendant les cours de yoga qui ne sont pas Kundalini, est-ce que c’est le corps qui réagit ou est-ce que c’est le mental ???

Ce qui joue énormément dans la répétition d’un geste pendant un moment x, c’est que si vous ne connaissez pas la chanson, vous pouvez très bien imaginer que l’exercice s’arrêtera dans 5 minutes tout comme dans 20 minutes…. Et cette notion de temps est très étrange au regard des vies que nous menons – toujours plus rapides, toujours plus instantanées. Ici, on ne sait pas quand le mouvement va se stopper, de fait il est totalement impossible d’anticiper sur ce qui vient après mais également sur la sensation et la prétendue douleur qui pourrait en résulter.
On finit par exécuter, sans réfléchir (ce n’est pas péjoratif). On se laisse guider par la musique, on entre dans une sorte de méditation active, sans savoir où elle nous mènera.

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Je vous propose de faire un essai. C’est Karta Singh qui nous a fait faire ces deux exercices le premier jour :
– choisissez des musiques longues pour vous accompagner, mais que vous ne connaissez pas forcément – afin de ne pas anticiper la fin de la chanson.
EXO 1 : Allongez vous et en rythme, en suivant la chanson, vous allez lever une jambe tendue vers le ciel, puis la reposer pour lever l’autre et ainsi de suite jusqu’à la fin de la musique.
EXO 2 : Assis confortablement (sur une brique ou une couverture) et toujours en suivant le rythme (d’une autre chanson), vous allez lever les deux points vers le ciel puis plier devant la poitrine puis ouvrir les deux bras sur les côtés, puis revenir poitrine puis lever vers le ciel. Ca donne une drôle de chorégraphie digne de Claude François. Faites cela aussi longtemps que dure la musique sans vous arrêter.

Une fois l’exercice terminé, recentrez-vous en respirant, écoutez votre respiration et voyez ce que cela a produit sur vous.
Très étrange n’est-ce pas ? Et même si je ne suis pas une grande adepte de ce type de yoga, cet exercice en particulier m’a beaucoup questionnée et je l’ai bien apprécié.
Je trouve qu’il permet de réfléchir à tout un tas de choses, nos états d’esprits, notre façon de vivre, d’anticiper ou de fuir certains actions….
Je vous laisse y penser !

PS : Les photos ont été prises à Lyon entre deux cours par mon amie Emma. Elles n’illustrent pas les exercices mentionnés ci-dessus.

* Pour rappel, kundalini est un terme sanskrit qui désigne une puissante énergie lovée dans la base de la colonne vertébrale (chakra mūlādhāra), au niveau du sacrum. Elle est représentée comme un serpent enroulé sur lui-même trois fois et demi. Par la pratique de la méditation mais aussi des kriyas, la kuṇḍalinī s’éveillerait et monterait le long de la colonne vertébrale depuis l’os sacrum jusqu’à la fontanelle, progressant d’un des sept chakras à l’autre afin de les harmoniser un à un par l’intermédiaire du canal (nadi) sushumna.