La Bhagavad-Gita

On avait déjà parlé ici des YOGA-SUTRA de Patanjali, texte fondateur du yoga. La BHAGAVAD-GITA est tout aussi importante que le texte de Patanjali pour les yogis et aussi pour les hindouistes. C’est un texte issu de l’épopée très connue Le Mahabharata et est souvent considéré comme un abrégé de toute la doctrine védique. La Bhagavad-Gita est composée de 18 chapitres. Ses enseignements se rapportent au thème de la conquête de soi-même.

Origine : Les indianistes d’accordent à penser que le texte a été écrit entre le 5ème et le 2ème siècle avant J.C.

Contexte : L’histoire se déroule au début de la grande guerre entre les Pandava, fils du roi Pandu, et les Kaurava. Arjuna, un des 5 Pandava et Krishna sont sur le champ de bataille du Kurukshetra (région de l’Inde) entre les deux armées. Arjuna doit annoncer le début du combat mais, voyant des amis et des parents dans le camp opposé, il est désolé à la pensée que la bataille fera des morts parmi ses proches et hésite. Il se tourne vers Krishna pour exprimer son dilemme et demande conseil.

Contenu : La Bhagavad-Gita conte l’histoire de Krishna, 8ème avatar de Vishnou et d’Arjuna, un prince guerrier en proie au doute devant la bataille qui risque d’entrainer la mort des membres de sa famille, les kaurava, qui se trouvent dans l’armée opposée – ça vous l’avez compris…. Le poème se compose de 700 distiques, divisées en 18 chapitres. Le récit est constitué du dialogue entre Krishna et Arjuna. Il enseigne que même si tous les chemins diffèrent, leur but fondamental reste le même : réaliser le Brahman* et échapper au cycle des renaissances à travers la réalisation du soi.

Verset 2.39 : Tu as reçu de Moi, jusqu’ici, la connaissance analytique de la philosophie du Samkhya. Reçois maintenant la connaissance du yoga, qui permet d’agir sans être lié à ses actes.

Verset 2.71 : Celui que les plaisirs matériels n’attirent plus, qui n’est plus esclave de ses désirs, qui a rejeté tout esprit de possession et qui s’est libéré de la tyrannie de l’égo, peut seul connaître la sérénité parfaite.

Verset 6.17 : Qui garde la mesure dans le manger et le dormir, dans le travail et la détente peut, par la pratique du yoga, adoucir les souffrances de l’existence matérielle.

Verset 18.70 : Et celui qui se pénétrera de cette conversation sainte échangée entre nous, je considérerai qu’il m’a offert le sacrifice en esprit.

Bhagavad-Gita

L’enseignement :
Verset 4.41 : Celui dont le savoir spirituel a déraciné les doutes, et qui, ayant renoncé aux fruits de ses actes, s’est établi fermement dans la conscience de son moi réel, celui-là, ô conquérant des richesses, demeure libre des chaines de l’action. Krishna instruit Arjuna sur un grand éventail de domaine à commencer par celui qui résout le dilemme d’Arjuna, la réincarnation, signifiant par là que les vies perdues dans la bataille ne le sont pas véritablement. Krishna continue d’exposer un grand nombre de sujets spirituels, parmi lesquels plusieurs yogas différents. Dans le 11ème chapitre, Krishna dévoile à Arjuna qu’il est l’incarnation du Dieu Vishnou.

La guerre est une métaphore. Elle permet d’exposer les confusions, les doutes, les conflits que toute personne rencontre. La Gita s’adresse à cette discorde en nous et enseigne les yogas qui permettent de l’apaiser :
– Bhakti Yoga = voie de la dévotion du Dieu personnel
– Jnana Yoga = voie de la connaissance
– Karma Yoga = voie de l’action juste

Pour Krishna, la racine de toutes les douleurs est l’agitation de l’esprit provoquée par le désir. Il faut calmer l’esprit par la discipline des sens. Le refus total de l’action est tout aussi nuisible qu’une totale indulgence. Selon la Bhagavad-Gita, le but de la vie est de libérer l’esprit et l’intellect de leurs complexités et de les concentrer sur la gloire de l’Ame. Ce but peut être réalisé par les 3 yogas.

Le texte finit par un chant exposant la doctrine du renoncement, qui permet d’échapper au Samsara, le cycle des renaissances.

* Brahman : Terme sanskrit utilisé dans plusieurs religions de l’Inde (Védisme, Brahmanisme, Hindouisme). Il désigne selon le contexte : les textes védiques ; la puissance mystérieuse grâce à laquelle les rites sont efficaces ; le Sacré ; l’Absolu ; la seule réalité dont la manifestation (maya) n’est qu’une illusion ; la conscience qui se connaît en tout ce qui existe ; l’existence supra-cosmique qui sous tend le cosmos. = Principe ultime sans commencement ni fin, sans naissance ni mort. = Conscience cosmique présente en toutes choses. = Tous les dieux de la religion hindoue ne sont que des facettes, des incarnations du Brahman.

 

Voilà pour ce petit résumé de la Bhagavad-Gita que je vous invite à lire sans plus attendre !

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Yoga-sutras de Patanjali

Un petit focus lecture pour changer. Je viens de terminer (si on peut terminer un jour) la lecture des Yoga-Sutras de Patanjali dans l’édition commentée de Françoise Mazet pour Albin Michel.

Les Yoga-Sutras de Patanjali sont considérés comme le texte fondateur du yoga en Inde. Il s’agit de 195 aphorismes (courtes phrases) qui décrivent et résument l’esprit du yoga – un peu comme un traité.

Patanjali n’est pas une seule et même personne. L’écriture de ces textes s’étend sur plusieurs siècles, donc il s’agit plus vraisemblablement de plusieurs auteurs. Cependant pour des raisons de sens et de tradition sacrée indienne, on « dit » que Patanjali est le rédacteur (l’orateur) de ces textes. Patanjali relève plus d’une vision sacrée globale que physique est réelle.

Le mot Sutra en sanscrit signifie le fil du collier et par extension, le fil conducteur d’une pensée, d’un raisonnement. La brièveté de ces aphorismes les rend difficilement compréhensibles sans commentaires et, pour bien les comprendre, leur étude doit se faire en rapport avec la pratique physique.

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Je ne vais pas entrer dans les détails de tout le traité, ça n’a pas de sens de recopier ici ce que j’ai lu. C’est plutôt une mise en bouche pour vous donner envie de mettre le nez dans cet ouvrage !

Donc avant de vous faire ma « petite fiche de lecture », on peut commencer par redonner la définition originelle du yoga (une de celles qui existent en tout cas) : arrêt de l’activité automatique du mental, apaisement de la périphérie afin de chercher/trouver le Drashtar (conscience profonde). Le yoga (unité du corps et de l’esprit) est un moyen pour parvenir à entrer dans un état d’attention totale ou l’on peut s’unir avec le tout.

Le Yoga-Sutra est composé de 4 chapitres (Padaïs) :

1/ Samadhi Pada est le chapitre de la concentration qui conduit à la contemplation. Dans cette première partie, l’auteur décrit le yoga et la direction pour atteindre le Samadhi (état déconditionné libre des automatismes de comportement et de pensée). Il décrit les moyens d’y parvenir, passe en revue les obstacles que l’on peut rencontrer dans cette démarche (les vrittis) et explique comment les supprimer.

Dans cette partie, Patanjali propose de pratiquer intensément (dans un effort juste) afin d’apaiser le mental, de savoir lâcher-prise pour pouvoir accepter et être dans la réalité plutôt que dans la projection ou le désir. Il conseille d’être dans une démarche sincère et constante – voire de s’abandonner à dieu – pour pouvoir lever les obstacles et atteindre le Samadhi. Il faut pouvoir développer sa capacité de discrimination (distinction entre celui qui voit et ce qui est vu) et pour cela on peut passer par l’ashtanga yoga (Yamas, Niyamas, Asana, Pranayama, Pratyara, Dharana, Dhyana, Samadhi – j’y reviendrai si vous le souhaitez).

L’expérience de Samadhi induit un état intérieur de paix et de clarté = conscience de la réalité.

2/ Sadhana Pada est le chapitre de la pratique (spirituelle) et des stratégies pour désencombrer le mental. L’auteur y décrit deux formes de yoga : le Kriya Yoga (ascèse, étude des textes sacrés, dévotion) et de l’ashtanga yoga qui permettent de dépasser les souffrances émotionnelles (l’aveuglement, le sentiment d’égo, le désir de prendre, le refus d’accepter, l’attachement à la vie). C’est également le chapitre qui aborde la notion de Karma (conséquences d’actes accomplis dans une existence antérieure ou dans celle-ci qui nous suivent). Ce karma nous tient éloigné de l’état d’apaisement du mental. Il faut pouvoir s’en détacher (et il faut plusieurs vies pour cela) 😉

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3/ Vibhuti Pada est le chapitre des « pouvoirs ». L’auteur y décrit l’état heureux qui est le résultat de l’action juste et du mental déconditionné. De façon très grossière, l’auteur dit ici que si on parvient à se débarrasser des obstacles mentaux et émotionnels, d’atteindre un état de concentration et d’attention avec un mental libéré, on est heureux MAIS il faut pouvoir AUSSI se libérer de ce sentiment de joie, de paix pour aller plus loin et chercher/trouver autre chose. Pour cela il faut passer par Dharana (concentration), Dhyana (méditation) et Samadhi (état déconditionné du mental). On vise ici le Samyama (conséquence de l’état de méditation = unité/pure conscience) qui est très difficilement atteignable.

4/Kaïvalya Pada est le chapitre de la libération. Une fois s’être libéré de ce sentiment de joie induit par les « pouvoirs » acquis, on peut connaître Kaïvalya (suprême liberté). Dans ce chapitre, Patanjali revient sur des thèmes déjà exposés dans les chapitres précédents mais en les développant (asana, effort régulier, karma…). Il y parle aussi de subjectivité de la perception (liée à nos schémas) et de la capacité à faire la distinction, après avoir suivi la voie du yoga. C’est seulement à ces conditions que la transformation s’opère et qu’on arrive au terme de ce chemin de vie(s) pour atteindre la liberté yogique.

Voilà en quelques lignes le résumé de ce livre que je vous encourage vraiment à parcourir car il permet d’éclairer des termes, des notions en rapport avec le yoga – que tout pratiquant a déjà entendu dans un cours où lu sur internet. Les fondements et le « but » du yoga deviennent plus clairs à la lecture des aphorismes. Certaines notions sont d’ailleurs très intéressantes à appliquer dans d’autres domaines de votre vie et pas seulement sur un tapis !